Il y a des lieux qui façonnent une enfance.
Pour moi, ce furent les sentiers du Schwarzwasser, la fraîcheur de la forêt et les rues vivantes entre la Meinau, le Neuhof et Illkirch-Graffenstaden. C’est là que j’ai grandi, entourée de ma famille, dans un cocon où la nature, la solidarité et l’entraide faisaient partie du quotidien.

Je me souviens de la petite fille timide que j’étais, le cœur battant quand je levais la main pour prendre la parole en classe. Pourtant, dès qu’un camarade était moqué, quelque chose en moi se levait plus fort que la timidité : le sens de la justice, celui que ma mère m’avait transmis, avec cette phrase qui résonne encore : « On ne laisse jamais quelqu’un de côté. »

Aînée d’une fratrie de trois enfants, j’ai appris à mes frères à courir, à tomber, à se relever, à jouer au football. Mais un jour, j’ai compris que les filles n’avaient pas la même place que les garçons. Alors, sans attendre l’autorisation de personne, j’ai créé ma propre équipe de football. C’était peut-être un petit geste, mais il est devenu un fil rouge de ma vie : quand quelque chose n’existe pas encore, je le crée.

Plus tard, j’ai suivi le chemin des études exigeantes — sections bilingues, prépa, école d’ingénieurs — avec la rigueur de mon père comme étoile polaire: le travail bien fait, toujours.

Ces années m’ont apporté autre chose qu’un diplôme : elles m’ont appris la résilience, l’ouverture, la curiosité, et le goût profond d’un métier où la technique se mêle à l’humain.

Puis il y a eu Illkirch-Graffenstaden.
Pas juste une ville.
Un ancrage.
Un chez-moi.

Cela fait 22 ans que je m’y épanouis. Mes enfants y ont grandi, entourés de leurs amis et portés par la richesse des activités éducatives, culturelles et sportives proposées par la Ville.Avec ma famille, nous avons toujours eu le sentiment d’habiter « au centre du monde » : une ville à taille humaine, accessible, dynamique, où tout est à portée de main, et où l’essentiel reste l’humain.

C’est au Forum de l’Ill, ce lieu vibrant où se mêlaient les rires des enfants et les conversations des aînés, que mon engagement politique a pris racine. J’appelais cet endroit le Forum du bonheur — ce n’était pas un slogan, mais une réalité : un lieu où les générations se croisent, se parlent, se reconnaissent.

Quand je me suis engagée en 2008, ce n’était pas pour « faire de la politique ».
C’était pour préserver cette humanité.
Pour la renforcer.
Pour en être digne.

Dans mes responsabilités, notamment en tant que Maire-adjointe à la Politique de l’Enfance et à la Vie éducative, j’ai appris ce que signifie vraiment changer la vie des gens : construire une cuisine centrale, repenser des écoles, valoriser celles et ceux qui accompagnent nos enfants, créer des projets qui durent au-delà d’un mandat.
J’ai aussi appris l’écoute. La vraie. Celle qui accepte les contradictions, qui entend les inquiétudes, qui accueille la colère parfois, pour mieux avancer ensemble.

Aujourd’hui, si je choisis d’aller plus loin, c’est parce que je crois profondément que notre ville peut être un modèle d’équilibre, de solidarité et d’audace.
Parce que les défis climatiques, sociaux et humains qui s’annoncent exigent non seulement des décisions, mais du courage, de la créativité, et surtout, de l’attention.

Ce que je veux, c’est simple :

    • que chaque enfant trouve sa place,
    • que chaque famille se sente soutenue,
    • que chaque aîné reste connecté,
    • que nos ressources soient protégées,
    • que nos initiatives locales soient valorisées,
    • que notre ville prépare l’avenir sans renoncer à son âme.

Je veux une ville qui respire, qui rassemble, qui protège, qui innove.
Une ville où l’on croit encore au pouvoir du collectif.
Une ville où chacun peut dire : « Ici, je me sens chez moi. »