Débat d’orientations budgétaires 2026.

Lors du Conseil Municipal du 11 février 2026, Séverine Magdelaine est intervenue dans le cadre du Débat d’Orientations Budgétaires 2026, pour apporter son analyse des documents.

Voici son intervention :

Monsieur le Maire, chers collègues,

Le débat d’orientation budgétaire n’est pas un exercice de communication.

C’est un moment de vérité collective : il engage non seulement l’année à venir, mais les marges de manœuvre du mandat suivant.

Or, à la lecture attentive du DOB 2026, un constat s’impose : la situation financière apparaît saine aujourd’hui, mais elle est fragilisée pour demain.

Oui, la Ville affiche une dette exceptionnellement faible, une capacité de désendettement très favorable, et un niveau d’investissement élevé sans recours à l’emprunt en 2026.

Mais ces résultats reposent principalement sur la mobilisation d’un stock d’excédents accumulés, et non sur une dynamique structurelle équilibrée du fonctionnement.

Autrement dit : nous finançons aujourd’hui l’avenir avec l’épargne d’hier, sans garantie que cette épargne se reconstitue demain.

Aujourd’hui, les finances vont bien… parce qu’on utilise les économies du passé.
Mais ces réserves ne sont pas infinies.

Le document le dit explicitement : « une diminution structurelle des niveaux d’épargne est désormais avérée ». Les chiffres sont clairs :

  • les dépenses de fonctionnement progressent plus vite que les recettes (+6.3% contre 1.1% pour les recettes),
  • l’épargne de gestion recule fortement (elle passe de 6 M€ en 2023 à 4 M€ en 2025, -24% en 1 an)
  • la capacité d’autofinancement baisse année après année (de 5.2 M€ en 2020 à 3 M€ en 2026)

Le document reconnaît explicitement que la baisse de l’épargne est désormais structurelle.

Ce n’est pas conjoncturel. C’est structurel.

Et ce phénomène n’est pas corrigé : il est prolongé dans les projections 2026.

En clair, les dépenses augmentent plus vite que les recettes.
Cela réduit chaque année l’argent disponible pour investir sans s’endetter.

Les choix de gestion, qui ont été faits, rigidifient durablement l’avenir :

  • une masse salariale en hausse continue, largement contrainte et peu réversible, (plus de 3.3 M € entre 2020 et 2025, qui se prolonge en 2026 pour dépasser 4M €)
  • une explosion des prestations de service qui ont doublé entre 2020 et 2025 : +1.2 M€
  • une montée en charge non anticipée de certains services
  • un maintien des tarifs et de la fiscalité sans ressources compensatoires.

Ces choix ont une conséquence claire : ils créent un effet de ciseau permanent entre coûts et recettes, qui réduit durablement les marges d’adaptation de la collectivité.

Les décisions prises ces dernières années sont difficiles à corriger.
Elles rendent le budget plus rigide et laissent moins de liberté pour l’avenir.

En 2026, plus de 10 M€ d’investissements sont programmés, sans recours à l’emprunt, grâce à la mobilisation de l’excédent 2025.

Autrement dit :

  • l’investissement 2026 est financé sans emprunt au prix d’une forte consommation des réserves,
  • aucune trajectoire claire de reconstitution de l’épargne n’est présentée,
  • la capacité d’endettement est préservée… uniquement pour 2026.

Ce choix réduit mécaniquement les marges futures.

Cela signifie très concrètement que les arbitrages difficiles sont repoussés et devront être faits sur le prochain mandat : sur l’investissement futur, sur les services rendus, sur la fiscalité ou sur l’endettement.

En 2026, il nous est proposé d’investir beaucoup sans emprunter, mais en puisant dans les réserves.
Cela reporte les choix difficiles sur le prochain mandat.

Ce sont les prochains élus, et donc les habitants, qui devront en assumer les conséquences.

La trajectoire qui est présentée avec une épargne très affaiblie, rend la collectivité plus sensible aux facteurs extérieurs : aux baisses de dotations, aux incertitudes sur les compensations fiscales, à la hausse des cotisations retraites, et à la fragilisation des cofinancements des partenaires institutionnels.

Chaque aléa pèsera désormais plus lourdement sur notre collectivité. C’est précisément dans ces moments-là que la solidité structurelle du fonctionnement devient déterminante.

La vraie question de ce DOB n’est pas “ La situation est-elle saine aujourd’hui ? ”
Mais : “Est-ce que la Ville pourra continuer à agir demain sans augmenter les impôts ou réduire les services ?”

C’est ça la vérité !!!

En conclusion, ce rapport d’orientation budgétaire montre que le futur est déjà obéré, non pas par une crise brutale, mais par l’accumulation des choix faits ces dernières années, qui rigidifient le fonctionnement et réduisent les marges de manœuvre.

En 2020, vous avez hérité d’une ville solide, avec une situation financière saine, flexible et  capable d’absorber les imprévus avec une épargne élevée (taux de CAF à 18%), des investissements maîtrisés, des marges de manœuvre reconstituées et un endettement raisonnable (414 €/hab. bien en-deçà des moyennes nationales).

En 2026, vous allez nous laisser une situation financière fortement contrainte avec une épargne de gestion et une CAF en forte baisse, des dépenses qui augmentent plus vite que les recettes, à l’instar des prestations de service qui ont été doublées (+1.2 M€ entre 2020 et 2025) et des dépenses de personnel qui ont augmenté de plus de 4 M€, une masse salariale qui représente ≈ 58 % du budget de fonctionnement, des investissements élevés… financés par les réserves.

Nous devons faire preuve de lucidité et de sincérité : le mandat 2020-2025 a consommé une part importante des marges de manœuvre héritées du passé.

Attention aux fausses promesses !

Le futur est fortement contraint, et exigera des décisions difficiles !

Nous devrons agir en responsabilité : Mieux piloter, mieux organiser, mieux prioriser.

Concrètement, cela veut dire :

  • Se fixer une feuille de route claire pour garder des économies suffisantes chaque année
  • Mieux maîtriser les dépenses de personnel, en améliorant l’organisation plutôt qu’en supprimant des services
  • Investir là où c’est vraiment utile, sans mettre en difficulté les finances de la Ville
  • Aller chercher un maximum d’aides et de subventions pour ne pas tout financer seuls
  • Utiliser l’emprunt avec mesure, quand c’est nécessaire, afin de préserver les économies de la collectivité

Notre équipe n’aura qu’un objectif : continuer à investir et à rendre des services, sans fragiliser l’avenir ni faire porter l’effort sur les habitants demain.